Le fleuve bourré d'hormones

Le fleuve bourré d'hormones

Radio-Canada le mardi 16 septembre 2008

brochet

Le constat est inquiétant: le Saint-Laurent est rempli de composés d'oestrogène.

Certains d'entre eux atteignent même 90 fois le seuil critique pour les poissons, a constaté Lisa Viglino, chercheuse au Département de chimie de l'École polytechnique de l'Université de Montréal.

Pour mettre les choses dans leur contexte, un seul nanogramme (ng) d'hormones stéroïdes dans un litre d'eau est suffisant pour modifier le fonctionnement du système endocrinien des poissons.

Résultat: une fertilité moindre et une féminisation des mâles.

L'eau que l'usine d'épuration de Montréal rejette dans le fleuve peut contenir jusqu'à 90 ng/l de certains composés d'oestrogène.

Pour la première fois, ces analyses prennent en considération non seulement les hormones naturelles et celles contenues dans les contraceptifs oraux, mais aussi des produits utilisés dans l'hormonothérapie de remplacement prescrite aux femmes ménopausées.

La recherche

Huit composés d'oestrogène ont été ciblés par l'équipe de chercheurs, et des échantillons d'eau ont été prélevés à cinq endroits:

dans la rivière des Mille-Îles

dans le fleuve Saint-Laurent,

dans les deux collecteurs d'eaux usées menant à l'usine d'épuration montréalaise

à la sortie de l'usine

Le Saint-Laurent

L'estradiol est le seul composé détecté dans l'eau du fleuve. C'est une hormone naturelle liée au développement des caractères sexuels secondaires chez la femme.

Son taux atteignait 8 ng/l, mais grimpait à près de 126 ng/l à l'entrée de l'usine d'épuration. Quant aux rejets de l'usine, ils en contenaient 90 ng/l, c'est-à-dire 74 % de la teneur mesurée dans les eaux usées.

Un autre composé oestrogénique naturel, l'estriol, produit en grande quantité pendant la grossesse, a affiché un taux encore plus haut à l'entrée de l'usine, soit 237 ng/l. À la sortie, les chercheurs ne l'ont retrouvé qu'à l'état de traces.

Pour sa part, l'effluent de l'usine comptait 30 ng/l de lévonorgestrel, mieux connu sous le nom de pilule du lendemain. Le taux était de 160 ng/l à l'entrée.

Un seul composé utilisé dans l'hormonothérapie de remplacement, la noréthindrone, a été détecté dans les rejets à raison de 53 ng/l, comparativement à 138 avant l'épuration.

Il ne faut toutefois pas se réjouir trop rapidement. La chercheuse affirme que les autres composés n'étaient pas nécessairement absents dans le fleuve ou à la sortie de l'usine, puisque la méthode de détection ne parvient pas à repérer des quantités inférieures à 7 ng/l.

Pour donner une idée de cette échelle de mesure, un nanogramme dans un litre d'eau équivaut à une pomme dans un volume gros comme le Stade olympique.

— Lisa Viglino

L'eau potable

Le Pr Sébastien Sauvé, également de l'UdM, se veut rassurant au sujet de l'eau potable. Selon lui, elle ne contient pas autant d'oestrogènes que les taux mesurés dans le fleuve, puisqu'une bonne part des molécules concernées est dégradée par les procédés de purification comme la chloration.

Saviez-vous que ?

Pas moins de 128 millions de pilules contraceptives et 107 millions de doses d'hormonothérapie substitutive sont consommées chaque année au Québec.